Sagesse de l’errance

À quoi bon décider quand nous ne savons pas au juste ce dont nous avons réellement besoin. Voilà pourquoi l’errance est une sagesse. Se laisser aller, délaisser les choses, abandonner la joute, errer. Comment la vie peut-elle venir à notre rencontre si nous décidons de tout à sa place? Nous vivons dans un monde de contrôle, où nous savons à chaque instant ce que nous nous apprêtons à faire, demain, dans une semaine, le mois prochain, et la vie devient un cadre, celui que nous nous donnons, et ce n’est déjà plus la vie.

La vie est organique et elle se meut d’une manière qui lui est propre et qui nous fait peur, puisque ce n’est pas un déroulement logique, du point A au point B, et ensuite au point C, et ainsi de suite jusqu’au point où nous voudrions bien que cela nous mène. La vie se déploie comme un bouton de fleur : ce n’est d’abord qu’un point immobile, et qui bouge sans que même l’on ne s’en aperçoive, et qui s’ouvre sans même donner idée de ce que ce mélange de plis froissés – qui ose se montrer! – donnera une fois défroissé. Il faut se laisser défroisser par la vie. Nous avons peur de nos plis qui apparaissent lorsque nous commençons à nous ouvrir. Nous nous refermons donc. Mais ces plis, une fois dépliés, se lissent, et leur tout déployé fait la beauté de la fleur que nous sommes. Ou bien il faut y croire et se lancer dans le vide, ou bien il faut avancer concrètement et en faire l’expérience.

Dans l’errance, il ne s’agit pas de suivre tous nos caprices du moment, mais de les laisser être en soi, de les observer, et d’ainsi voir qui nous sommes réellement. Oser aimer ce qui s’agite en soi.  Il faut laisser errer dans notre être ce qui vient, ce qui monte, ce qui est. Laisser tout errer en soi et l’observer jusqu’à l’accueillir complètement, ce qui revient à aimer tout ce qui nous habite. Mais nous sommes si habitués à ne pas nous permettre de penser, de sentir ou d’être ceci ou cela, à nous battre contre, contre nous-mêmes. La joute nous dit que nous devrions nous consacrer à autre chose, que nous avons mieux à faire, que ce n’est pas bien, que ce n’est pas cela la vie, que cela nous mènera là où il ne faut pas, là où nous ne voulons surtout pas… Or, quand enfin nous aimons ces choses qui nous habitent et qui cognent à notre porte intérieure, quand nous leur donnons enfin le droit d’être, ensuite elles peuvent s’apaiser. Puisque c’est ce qu’elles cherchent elles aussi : le droit d’être. Une fois acceptées, déployées, apaisées, et derrière cet apaisement, il reste une voie, la sienne propre, celle de notre errance destinée. Il ne nous reste plus alors qu’à nous laisser porter de l’intérieur vers l’extérieur pour que notre vie se déploie à sa guise, qu’elle nous porte enfin et nous fasse devenir celui que nous sommes.

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